Les cartes mentales (MindMaps)


Beaucoup de mes travaux se heurtaient, comme Chuck Yeager et ses hommes dans l'Etoffe des Héros,  à un mur du son. Malgré des prémisses prometteuses, je n'arrivais pas au bout. L'idée était là, mais peu à peu tout devenait confus et l'outil-texte me paraissait hostile, car confus, trop vaste et trompeur. Le problème était en dessous, dans un territoire vierge que je ne connaissais pas, et dont le sens, quand j'en entendais parler, demeurait pour moi abstrait : la structure.

Qu'est-ce que c'était ? Venu du théâtre, les textes étaient pour moi une succession de dialogues, de scènes entre des personnages. Je ne comprenais pas de quoi on parlait avec cette histoire de structure ou de rythme, pas plus que je ne le comprenais au lycée pour les dissertations... Avec un candeur enfantine, j'assimilais "structure" à "échafaudages", et "rythme" à la batterie. Quel rapport entre tout cela et un film, une histoire, un roman, une pièce, ou une présentation, un concept, une dissertation, un rapport ?

Et surtout, une structure —comme un vecteur d'ailleurs, ça non plus je n'y comprenais rien lors de mes études—ça ressemble à quoi ? Ça marche à quatre pattes, ça mange quoi, ça se reproduit comment ?

Bref, tel le jeune scarabée de la série "Kung-Fu" (2e citation audiovisuelle), je découvrais l'enivrant et vaste territoire de "ce qui ne se voit pas". La structure, comme la Force, se sent, est omniprésente (sauf dans mes textes) et ne se voit pas pour le profane.

Mais j'avais la chance d'avoir été élevé en partie par un architecte, et j'ai pu ainsi en savoir un peu plus sur la résistance des matériaux, les formes indéformables et les charpentes. Je le voyais dessiner et concevoir, crayon puis ordinateur à la main. Restait à transposer tout ça dans le monde immatériel des histoires.

C'est ainsi, en cherchant comment représenter cette notion de structure, que j'ai découvert les cartes mentales (ou mind maps, ou cartes heuristiques : ce site en parle très bien). Voilà à quoi ressemble une carte mentale (l'image provient du même site).


Un objet, un concept central et des branches qui en explicitent les sous-parties.
Cette forme de présentation, et ce dessin en particulier présente l'avantage de justement montrer en quoi ces cartes mentales utilisent au mieux nos ressources cérébrales : notre cerveau excelle dans 2 domaines (et quasiment que dans ceux-là, hélas).

D'abord, l'appréhension visuelle.
Une image vaut mieux qu'un long discours, parce que notre cerveau est mieux équipé pour la première que pour le second.

Ensuite, nous sommes bons pour résoudre des petits problèmes simples. Peu d'entre nous —et surtout pas moi— parvenons à résoudre un grand problème complexe. Isabelle Nanty m'a dit un jour "les gros problèmes, faut les découper en tout petits, c'est plus facile." Plus tard, je devais découvrir qu'Isabelle est cartésienne, et que son maître écrivait "Diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre" (Discours de la Méthode, II, 8).

Dans le cas d'une oeuvre de fiction (ou de toute oeuvre nécessitant un plan pré-établi, encore une fois, les exemples ici sont tous universels), cela donne cela :

(je l'ai laissé en tout petit, cela reste du matériau privé et confidentiel, l'important pour notre exemple est seulement visuel).

D'un seul coup d'oeil, toute la structure est visible. On peut déplacer, accéder, modifier n'importe quel point en une seconde, plus vite et instinctivement que dans un texte : par définition, un texte est un long rouleau contenant des milliers de mots. C'est une sorte de pellicule, c'est le territoire du peaufinage. Le mind map est une étagère où tout est rangé et accessible. C'est le territoire de la structure, des équilibres, des volumes et de la disposition. En un mot, l'architecture. (Et le cinéma et le théâtre sont, selon moi, plus proches de l'architecture que de n'importe quel autre art, et en tout cas bien davantage de la littérature.)

Mais l'appréhension de l'information est spatiale et non intellectuelle. Elle est instinctive, donc immédiate, et donc reposante pour l'intellect. Prenons la comparaison entre l'horloge analogique et l'horloge numérique : la première est d'abord visuelle, l'autre est d'abord informative.


La première fait appel à des notions "plus petit/plus grand", "en haut/en bas" (la taille des aiguilles et leur position) tandis que l'autre demande une interprétation numérique, qui est plus précise, mais plus poussée et laborieuse, donc consommatrice d'énergie. Il suffit d'expliquer à un enfant comment lire l'heure pour s'apercevoir que l'horloge analogique lui est d'un abord plus naturel que l'autre. Eh bien il en va de même pour le texte : son approche ne sollicite pas les mêmes zones du cerveau que la carte mentale.

Dans un prochaine article, un comparatif des différents outils logiciels pour créer des cartes mentales.
Dans un autre, l'application concrète des cartes mentales pour les auteurs.

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